Programme d'études cliniques

Programme d'études cliniques du Québec 2015-2016 : inscriptions jusqu'au 30 septembre 2015

 

Bandeau Programme clinique

 

Qu’est-ce que le Programme d'études cliniques?

Orienté par l’enseignement de Jacques Lacan, le Programme d'études cliniques vise dans ses objectifs l'enseignement de la psychanalyse, tant théorique que clinique.

Le Programme d'études cliniques s’adresse à des psychologues, psychiatres, psychothérapeutes en formation, des soignants ou des intervenants en « santé mentale », ainsi qu’à des analysants, qui décident d’orienter leur pratique à partir de la psychanalyse.

Le Programme d'études cliniques s'inscrit dans l'espace de l'Institut du Champ Freudien et de l'Association UFORCA, rattachée à l'Union pour la Formation Continue en Clinique Analytique pour l'Université Populaire Jacques Lacan (UPJL). De nombreux programmes, antennes et sections cliniques dans plusieurs pays du monde en font partie. Voir le communiqué suivant :
http://www.amp-nls.org/page/fr/49/nls-messager/0/2013-2014/1493

Les activités ont lieu de septembre à juin de chaque année.

Admission

Sur dossier et entretien préalable.

Au-delà de tout critère administratif, les admissions sont prononcées au un par un après un entretien du candidat avec un des responsables du Programme d'études cliniques.

Pour faire la demande, il est nécessaire d’avoir un diplôme de niveau universitaire ou en cours d'acquisition.

Il n’y a pas de limite d’âge pour solliciter l’admission.

La demande d’admission doit être adressée, avec lettre de motivation et curriculum vitae, avant le 30 septembre 2015, à Anne Béraud :

anne.beraud@pontfreudien.org

Une attestation d’études sera remise aux participants, s’ils ont rempli les conditions exigées, de participation à la totalité du programme.

La participation au Programme d'études cliniques n’autorise pas la pratique psychanalytique et ne confère pas un titre de psychanalyste.

Tarif d'inscription

  • Régulier : 490$
  • Étudiants : 290$
  • Membres de NLS-Qc : 290$

Ces tarifs comprennent l'inscription à l'ensemble des activités incluses dans le Programme d'études cliniques.

Programme pour l’année 2015-2016

  1. Séminaire théorique : La clinique des psychoses
  2. Rencontres cliniques avec patients
  3. Séminaire mensuel organisé par le Pont Freudien
  4. Les deux rencontres annuelles du Pont Freudien
  5. Journées d’étude de NLS-Qc
  6. La matinée des cartels

icone bleu petit1. Séminaire : La clinique des psychoses

 

Durée : 2 ans. Nous entrons dans la 2ème année, mais il est possible d'intégrer ce programme pour la rentrée de l'année 2015-2016.

Description

Freud a découvert la psychanalyse à travers la névrose – les cas d’hystérie, tandis que pour Lacan, la porte d’entrée dans la psychanalyse fut la clinique des psychoses.

La psychose semble réduite, à l’heure actuelle, à un simple phénomène ou, plus précisément, à un état clinique. À aucun moment, elle n’est pensée dans la classification actuelle, comme un « mode de fonctionnement » du sujet ou, pour le dire autrement, une « structure clinique ». La distinction était pourtant de poids il y a quelque décennies, car le partage entre « psychose et névrose » était essentiel à la compréhension du cas clinique, en même temps qu’il traduisait la conception qu’avait le praticien de la cure. Lacan distingue à partir de son « retour à Freud » et de sa longue expérience clinique et psychiatrique, un non fonctionnement chez le psychotique de ce que Freud a appelé « le refoulement primaire ». Ce dernier est instauré à jamais chez le sujet névrosé, une fois que l’Œdipe et le complexe de castration qui lui est inhérent, ont marqué son histoire. Cette « coupure » entre un avant et un après dans l’histoire du sujet, typique chez le névrosé, ne semble pas s’inscrire pour le psychotique : preuve en est que cette castration symbolique qui n’a pas été inscrite chez le sujet, « fait retour dans le réel », que ce soit sous la forme des hallucinations ou des délires, ou sous la forme du passage à l’acte caractérisé par la mutilation corporelle. Lacan proposa un « traitement possible » chez le sujet psychotique, traitement qui, n’excluant pas les médicaments, arrive à cerner ce défaut symbolique fondamental qu’il appellera « forclusion du Nom-du-Père ».

Même si ce défaut suppose qu’il n’y ait pas de guérison de la psychose, il n’en reste pas moins que celle-ci peut être (parfois uniquement) traitée et stabilisée sous traitement analytique. La cure analytique chez le sujet psychotique sera profondément différente de celle du névrosé : sans ce repère clinique essentiel, nous risquons non seulement de méconnaître l’essence de la psychose, mais aussi de déclencher des ravages.
 

Le Séminaire III sur Les Psychoses, de Jacques Lacan, qui date de 1955-56, constitue une pierre d'angle à propos de la question de la psychose. Dans ce Séminaire, Lacan parle de rejet du signifiant primordial pour introduire la notion de forclusion et pour conceptualiser l’idée de la forclusion du Nom-du-Père.

Lacan y différencie clairement la structure psychotique de la structure névrotique. Le sujet psychotique est défini à partir de la forclusion du signifiant du Nom-du-Père. La carence du signifiant primordial dans le registre symbolique va être la condition nécessaire pour parler de structure de la psychose.
 

S'appuyant sur la logique du Séminaire III Les psychoses, nous étudierons la clinique différentielle entre psychose et névrose.

Pour travailler ce Séminaire III, une nouvelle formule de travail est proposée, où il est attendu que le participant y mette du sien dans un travail de cartel.

Un cartel est un petit groupe de travail qui permet une élaboration soutenue et qui possède une structure et un mode de fonctionnement propre. Un cartel est composé de quatre personnes et d'un Plus-Un, davantage expérimenté, dont la fonction est d’assurer le fonctionnement du cartel à partir du travail de chacun et d’interpréter les effets imaginaires du groupe. La durée du cartel est d'un an ou deux ans maximum.

Ainsi, les participants se réuniront en cartels et travailleront le Séminaire III dans chacun des cartels.

La constitution des cartels se fera par tirage-au sort.

Le travail sera réalisé en deux temps :

  • Dans un premier temps, les cartels traiteront des mêmes chapitres pendant leurs rencontres.
  • Dans le second temps, un enseignant donnera un séminaire pour capitonner (articuler) les chapitres travaillés dans les cartels.

Pour rendre ce séminaire avec l’enseignant plus opérant, les participants enverront préalablement les questions surgies lors de leur travail dans le cartel.

La fréquence des rencontres des cartels reste à la discrétion de chaque cartel.

Lors d'une année, il y aura trois rencontres avec un enseignant.

Dates :

  • mercredi 2 décembre 2015 à 19h ;
  • mercredi 17 février 2016 à 19h ;
  • mercredi 8 juin 2016 à 19h.

icone bleu petit2- Rencontres cliniques avec patients

La « présentation de malades » a été au principe même de la formation, depuis le milieu du 19ème siècle, de générations successives de psychiatres et d’infirmiers, puis plus tard de psychologues et de psychanalystes, mais aussi de travailleurs sociaux, bref, de tous ceux que leur fonction destinait à soigner à l’hôpital, comme à accompagner hors de l’hôpital, les « malades mentaux ».

La « présentation de malades » est donc une pratique psychiatrique très ancienne et précieuse, particulièrement à l’école française. Elle est associée au tableau d'André Brouillet, Une leçon clinique du Dr Charcot à la Salpêtrière.

Traditionnellement, cette activité appartenait au strict champ psychiatrique, mais depuis les années ’60, elle a été réintroduite par Jacques Lacan, avec les présentations de malades qu’il menait à l’hôpital Ste Anne à Paris. Elle est devenue un instrument du travail psychothérapique à l’hôpital, mais aussi de formation des psychanalystes dans le cadre des Programmes, Antennes et Sections cliniques créées sous les auspices du Département de psychanalyse de Paris VIII.
 

Dans le moment actuel, notamment en Amérique du Nord, on peut constater un certain déclin de la méthode clinique, dans une psychiatrie qui vise plus une définition de la maladie mentale à partir de l’application d’une série d’échelles qu’une référence formelle à la singularité du cas. Il y a donc une perte de référence à la clinique, tant dans la formation que dans la recherche et dans la pratique, qui se trouve de plus en plus réduite autour d’une nosologie limitée à des constellations syndromiques d’items co-occurents, propres aux classifications a-théoriques contemporaines.
 

Le Programme d'études cliniques vise à maintenir vivante la clinique psychanalytique qui se trouve de plus en plus effacée de la psychiatrie, de la psychologie et du champ de la santé mentale. Il ne s’agit donc pas d’une question d’École, mais bien plutôt du souci de soutenir un type d’approche thérapeutique qui reste tout à fait légitime pour la compréhension de la maladie mentale.

La démarche est la suivante. Une équipe soignante propose à un psychanalyste de rencontrer un patient, en présence même de l'équipe et des participants au Programme d'études cliniques. Qu’attendre de cette rencontre ? Pour le patient, c’est une occasion de venir témoigner de ce qui, pour lui, est « impossible à supporter ». Pour l’équipe soignante, des éclairages nouveaux peuvent être apportés sur certaines butées que rencontre la prise en charge. De même, des questions concernant les modalités de la stratégie thérapeutique sont soulevées.

Pour les participants au Programme d'études cliniques, il s’agit de se faire enseigner par les propos du patient à partir des inventions qu’il propose, et pas seulement dans une perspective de vérification, tout en cherchant cependant à repérer au plus près la structure clinique et le diagnostic. Il s'agit donc d'obtenir, à partir des questions du clinicien et du discours du patient, les éléments qui concernent la structure du sujet, au-delà de la phénoménologie.

Cette activité fait partie de la formation clinique.

Une discussion suit la rencontre clinique avec le patient. Elle permet d'approfondir l'élaboration du cas et de soulever les questions de la clinique différentielle.
 

Cette année, le Programme d'études cliniques commence ses rencontres cliniques avec des patients, avec des vidéos enregistrées à Paris, à l’hôpital du Val-de-Grâce, lors d'entretiens réalisés par Guy Briole.

Guy Briole est psychanalyste, psychiatre et Professeur à l'hôpital du Val-de-Grâce (ancien directeur de l'École de Médecine du Val-de-Grâce) à Paris. Il est membre de l'École de la Cause Freudienne (ECF) dont il a été le Président (1997-98), de la Escuela Lacaniana de Psicoanálisis (ELP) et de l'Association Mondiale de Psychanalyse (AMP). Il enseigne au département de psychanalyse de l'université Paris VIII. Il fut le coordonnateur de la Red assistencial à Madrid lors des attentats du 11 mars 2004. Il a publié plusieurs ouvrages et il est l'auteur de plus de 500 articles.

Une discussion clinique suivra la projection.

Fréquence : 3 fois dans l'année.

Dates :

  • mercredi 4 novembre 2015 à 18h30 ;
  • mercredi 27 janvier 2016 à 18h30 ;
  • mercredi 6 avril 2016 à 18h30.

icone bleu petit3- Séminaire mensuel

Fréquence : mensuel.

Durée : un an.

Cette année le séminaire mensuel portera sur la lecture du Séminaire VII de Jacques LACAN: L'éthique de la psychanalyse (parties 1 et 2 « Introduction de la chose » et « Le problème de la sublimation », chapitres I à XII).

Pour plus d’informations, consultez le site web :
http://pontfreudien.org/seminaires

 

Les mercredis de 19h à 21h :
 

  • 30 septembre 2015 : chapitre 1 - Anne Béraud (discutante : Eléa Roy).
    Introduction de la chose
  • 28 octobre 2015 : chapitres 2 et 3 : texte de S. Freud L'esquisse (L'Entwurf) - Pierre Lafrenière (discutante : Anne Marché Paillé).
  • 25 novembre 2015 : chapitre 4 - Fernando Rosa (discutant : Benjamin Mortagne).
  • 9 décembre 2015 : chapitre 5 - Fernando Rosa (discutante : Ruzanna Hakobyan).
  • 20 janvier 2016 : chapitre 6 - Anne Marché Paillé (discutant : Benjamin Mortagne).
    Le problème de la sublimation
  • 17 février 2016 : chapitre 7 - Anne Marché Paillé (discutante : Mercedes Rouault).
  • 23 mars 2016 : chapitre 8 - Mercedes Rouault (discutante : Eléa Roy).
  • 13 avril 2016 : chapitre 9 - Mercedes Rouault (discutant : Fernando Rosa).
  • 11 mai 2016 : chapitre 10 – Mercedes Rouault (discutante : Anne Béraud).
  • 1er juin 2016 : chapitre 12 - Ruzanna Hakobyan (discutant : Pierre Lafrenière).

icone bleu petit4- Rencontres du Pont Freudien

41ème rencontre : 16, 17, 18 octobre 2015 avec Dominique HOLVOET : "Le corps parlant : un nouveau concept pour l'inconscient".
  • Film (Cinépsy au cinéma du Parc) : vendredi 16 octobre à 18h : À ciel ouvert, de Mariana Otero. Film sur le Courtil, commenté par le directeur du Courtil, Dominique Holvoet.
  • Séminaire théorique : samedi 17 octobre de 9h30 à 13h : "Le corps parlant : un nouveau concept pour l'inconscient".
  • Séminaire clinique : samedi 17 octobre de 14h30 à 17h : exposé de deux cas cliniques commentés par D. Holvoet.
  • Séminaire de lecture : dimanche 18 octobre de 10h à 13h : "La troisième", de Jacques Lacan :  Intervention au Congrès de Rome le 1er novembre 1974. Texte établi par J.-A. Miller, publié dans La Cause freudienne No 79, octobre 2011, pp. 11- 33.

    http://pontfreudien.org/content/dominique-holvoet-le-corps-parlant-un-no...

42ème rencontre :  27, 28, 29 mai 2016 avec Christiane ALBERTI : "Faire couple - Liaisons inconscientes".

  • Conférence : vendredi 27 mai 2016 à 19h30.
  • Séminaire de lecture : samedi 28 mai de 9h30 à 13h : chapitre 11 du Séminaire VI I L'éthique de la psychanalyse, de Jacques Lacan.
  • Séminaire clinique : samedi 28 mai de 14h30 à 17h.
  • Séminaire théorique : dimanche 29 mai de 10h à 13h.

Programme complet à venir.

Pour plus d’informations, consultez le site web : http://pontfreudien.org/

icone bleu petit5- Journées d’étude de NLS-Québec

Date : Samedi 5 et dimanche 6 février 2016.

Journées d'étude théorico-clinique : « Signes discrets dans les psychoses ordinaires - Clinique et traitement ».
Samedi 5 février 2016 : 9h30-17h30.
Dimanche 6 février 2016 : 9h30-13h30.

5 présentations de cas cliniques, des cas en analyse, des cas rencontrés en institution, seront discutés.
Des exposés théoriques sur « Signes discrets dans les psychoses ordinaires - Cliniques et traitements ».
Invités : Jacques BORIE + un AE (Analyste de l'École).


Suivra un temps de travail sur L'expérience du contrôle.

Pour plus d’informations, consultez le site web : http://nls-quebec.org/

icone bleu petit6- Matinée des cartels

Date : 3 octobre 2015 de 10h à 13h.

Matinée qui constitue le point d'orgue du travail en cartel, puisque c'est le lieu où sont exposés les travaux des cartellisants.

À chaque rentrée du mois de septembre, une matinée des cartels a lieu.

Pour plus d’informations, consultez : http://nls-quebec.org

Les enseignants :

  • Anne Béraud. Psychanalyste à Montréal. Membre de la New Lacanian School (NLS) dont elle est secrétaire, et de l'Association Mondiale de Psychanalyse (AMP). DESS de psychologie clinique et psychopathologie à l'Université Paris X. Co-fondatrice du Pont Freudien et Présidente de NLS-Québec. Enseignante dans le cadre des séminaires mensuels du Pont Freudien. Auteure de plus d'une trentaine d'articles publiés dans six langues.
  • Ruzanna Hakobyan. Psychanalyste à Montréal. Membre de la New Lacanian School (NLS) et de l'Association Mondiale de Psychanalyse (AMP). Vice-Présidente de NLS-Québec. Enseignante dans le cadre des séminaires mensuels du Pont Freudien. Auteure de plusieurs articles.
  • Pierre Lafrenière. Intervenant psycho-social (ARH). DEA de psychanalyse à l'Université Paris 8. Co-fondateur du Pont Freudien. Enseignant dans le cadre des séminaires mensuels du Pont Freudien.

Les enseignants invités :

  • Dominique Holvoet. Psychanalyste à Tournai (Belgique) (AME). Il est Directeur du Courtil, une institution orientée par la psychanalyse qui reçoit 230 enfants et jeunes psychotiques, et dans laquelle de nombreux stagiaires de tous les pays vont se former chaque année.
    Il est enseignant à la Section clinique de Bruxelles et au Collège clinique de Lille. Il est membre de la New Lacanian School (NLS) dont il a été Président de 2012 à 2014 ; de l'École de la Cause Freudienne (ECF) et de l'Association Mondiale de Psychanalyse (AMP). Master en psychologie clinique. Il est déjà venu pour une rencontre du Pont Freudien en avril 2013 à Montréal.
  • Christiane Alberti. Psychanalyste à Toulouse (France) (AME). Elle est Vice-présidente de l’École de la Cause Freudienne (ECF) et membre et de l'Association Mondiale de Psychanalyse (AMP). Enseignante au Département de psychanalyse de l’Université de Paris 8, coordinatrice du Collège clinique de Toulouse. Directrice des 45e journées de l'ECF à Paris sur "Faire couple - Liaisons inconscientes". DESS de psychopathologie clinique et doctorat de psychologie.
  • Jacques Borie. Psychanalyste à Lyon (France). Membre de la New Lacanian School (NLS), de l'École de la Cause Freudienne (ECF) et de l'Association Mondiale de Psychanalyse (AMP). Coordinateur de la Section clinique de Lyon. Auteur du livre Le psychotique et le psychanalyste (Ed. Michèle). DESS de psychologie clinique. Il est déjà venu pour une rencontre du Pont Freudien en octobre 1998 à Montréal.

Bloc bleu petit

Prologue de Guitrancourt

par Jacques-Alain Miller

« Nulle part au monde il n’y a de diplôme de psychanalyste. Et non pas par hasard, ou par inadvertance, mais pour des raisons qui tiennent à l’essence de ce qu’est la psychanalyse.
 

On ne voit pas ce que serait l’épreuve de capacité qui déciderait du psychanalyste, alors que l’exercice de la psychanalyse est d’ordre privé, réservé à la confidence que fait le patient à un analyste du plus intime de sa cogitation.

Admettons que l’analyste y réponde par une opération, qui est l’interprétation, et qui porte sur ce que l’on appelle l’inconscient. Cette opération ne pourrait-elle faire la matière de l’épreuve? – d’autant que l’interprétation n’est pas l’apanage de la psychanalyse, que toute critique des textes, des documents, des inscriptions, l’emploie aussi bien. Mais l’inconscient freudien n’est constitué que dans la relation de parole que j’ai dite, ne peut être homologué en dehors d’elle, et l’interprétation psychanalytique n’est pas probante en elle-même, mais par les effets, imprévisibles, qu’elle suscite chez celui qui la reçoit, et dans le cadre de cette relation même. On n’en sort pas.

Il en résulte que c’est l’analysant qui, seul, devrait être reçu pour attester la capacité de l’analyste –, si son témoignage n’était faussé par l’effet de transfert, qui s’installe aisément d’emblée. Cela fait déjà voir que le seul témoignage recevable, le seul à donner quelque assurance concernant le travail qui s’est fait, serait celui d’un analysant après transfert, mais qui voudrait encore servir la cause de la psychanalyse.
 

Ce que je désigne là comme le témoignage de l’analysant est le nucleus de l’enseignement de la psychanalyse, pour autant que celui-ci réponde à la question de savoir ce qui peut se transmettre au public d’une expérience essentiellement privée.
 

Ce témoignage, Jacques Lacan l’a établi, sous le nom de la passe (1967); à cet enseignement, il a donné son idéal, le mathème[1] (1974). De l’une à l’autre, il y a toute une gradation : le témoignage de la passe, encore tout grevé de la particularité du sujet, est confiné à un cercle restreint, interne au groupe analytique; l’enseignement du mathème, qui doit être démonstratif, est pour tous – et c’est là que la psychanalyse rencontre l’Université.
 

L’expérience se poursuit en France, à Paris, depuis quatorze ans. Elle est à l’origine de la création de plusieurs Sections cliniques en France et en Europe.
 

Il me faut dire clairement ce que cet enseignement est, et ce qu’il n’est pas.
 

  • Il est universitaire; il est systématique et gradué; il est dispensé par des responsables qualifiés; il est sanctionné par des diplômes.
  • Il n’est pas habilitant quant à l’exercice de la psychanalyse.

L’impératif formulé par Freud qu’un analyste soit analysé, a été non seulement confirmé par Lacan, mais radicalisé par la thèse selon laquelle une analyse n’a pas d’autre fin que la production d’un analyste. La transgression de cette éthique se paie cher – et à tous les coups, du côté de celui qui la commet.
 

Que ce soit à Paris, à Bruxelles ou à Barcelone, que ses modalités soient étatiques ou privées, il est d’orientation lacanienne. Ceux qui le reçoivent sont définis comme des participants : ce terme est préféré à celui d’étudiant, pour souligner le haut degré d’initiative qui leur est donné – le travail à fournir ne leur sera pas extorqué : il dépend d’eux; il sera guidé, et évalué.

Il n’y a pas de paradoxe à poser que les exigences les plus strictes portent sur ceux qui s’essayent à une fonction enseignante dans le Champ freudien sans précédent dans son genre : puisque le savoir, s’il prend son autorité de sa cohérence, ne trouve sa vérité que dans l’inconscient, c’est-à-dire d’un savoir où il n’y a personne pour dire « je sais », ce qui se traduit par ceci, qu’on ne dispense un enseignement qu’à condition de le soutenir d’une élaboration inédite, si modeste soit-elle.

On commence, en Espagne comme en Belgique, par la partie clinique de cet enseignement.

La clinique n’est pas une science, c’est-à-dire un savoir qui se démontre; c’est un savoir empirique, inséparable de l’histoire des idées. En l’enseignant, nous ne faisons pas que suppléer aux défaillances d’une psychiatrie à qui le progrès de la chimie fait souvent négliger son trésor classique; nous y introduisons aussi un élément de certitude (le mathème de l’Hystérie).

Les présentations de malades viendront demain étoffer cet enseignement. Le domaine dit en France des études approfondies, et dont le ressort est la rédaction d’une thèse de doctorat, s’ajoutera plus tard. Conformément à ce qui fut jadis sous la direction de Lacan, nous procéderons pas à pas. »

 

Jacques-Alain Miller, 15 août 1988.
 

[1] Du grec mathema, ce qui s’apprend.

 

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